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« Entre le Rozellier et la route de Sommedieue, nous avons croisé le troisième bataillon. Il descendait des Éparges, et il allait cantonner à Belrupt. C'était l'aube ; on y voyait assez pour reconnaître la pâleur terreuse des visages, et les cuirasses de boue cartonnant les capotes gelées. Ceux du troisième nous regardaient, au passage, et presque nous dévisageaient. Personne ne leur a rien demandé ; et ils ne nous ont rien dit. Après qu'ils eurent disparu, un malaise est resté derrière eux, longtemps, comme au village.
Calonne. Un premier jour ; une première nuit. Le jour on creuse, de chaque côté des routes, des tranchées jamais achevées ; la nuit, on va sur la route des Éparges, coltinant des rondins jusqu'à l'entrée du village. On devine vaguement, devant soi, la crête énorme et noire qui monte vers les étoiles. Au carrefour, près du petit calvaire, des voitures se pressent, moyeu contre moyeu. Il semble qu'on en voie des dizaines ; on ne distingue pas leurs formes : elles sont là, immobiles dans la boue, pareilles à d'inquiétantes épaves. Autour d'elles des hommes vont et viennent, sans parler, trahis seulement par les remous que creusent leurs gestes dans les ténèbres et par le clapotis de leurs pas dans la boue. Lorsqu'on s'approche, on s'aperçoit qu'ils sortent des voitures des choses qu'ils chargent sur leurs épaules et qu'ils portent plus loin, dans la nuit, on ne sait vers où : des rouleaux de fil de fer ? des boucliers ? des obus ? On ne sait pas. »
Maurice Genevoix - Ceux de 14
Mon grand-père était à Verdun. Il a souvent évoqué cette époque de sa vie lorsque j'étais enfant. J'étais fasciné par ses récits, mais je sentais une peur s'installer pas à pas au fur et à mesure des mots. Comme si je préssentais que, derrière l'histoire racontée, il y avait une blessure profonde masquée par la dimension incommensurable de l'horreur.
Je suis allé il y a peu de temps sur le site de Verdun, seul. J'ai marché, vu des images, des films, lu des textes, échangé avec des visiteurs. Au retour j'ai lu cet ouvrage de Maurice Genevoix. J'en ai extrait quelques paragraphes qui vous donneront peut-être envie de partager ce que l'auteur, malgré lui, a vécu. Mais peut-on parler de vivre ?
Jack
Publié par cartier à 17:05:50 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
L'Hiver ne s'est pas installé, il boude dans son coin,
Les motards profitent de cette clémence des cieux,
Pour faire des balades buissonnières du temps,
Les machines ne sont pas remisées au fond des garages, sous des couvertures chaudes,
Elles sont parées comme en début de printemps !
Continue ainsi Hiver, on ne te tient pas rigueur de ta douceur !
Jack
Voir l'album "Motobalade"
Publié par cartier à 18:38:14 dans Ecritures | Commentaires (0) | Permaliens
Difficile parfois d'être au rendez-vous de l'écriture du blog,
Comme si l'on faisait une infidélité au clavier,
Comme une parole malheureuse à un ami de longue date,
Comme un sourire manquant à une personne aimée,
Moments de souffrance occasionnés par maladresse.
Et puis l'écriture revient, sorte de voyage au bout du monde,
Traversée d'un océan à la voile, au rythme d'un voilier doux à la vague,
Semaines de navigation vers un horizon alphabet à composer.
Merci le blog !
Jack
Publié par cartier à 18:15:22 dans Carter | Commentaires (0) | Permaliens
Mes étudiants sont originaires de Jersey, Hongrie, Pologne, Angleterre, Ghana, Togo, Guinée, Italie, Chine, Vietnam, Liban, Mauritanie, Maroc, Allemagne, Egypte, Nouvelle-Zélande, France.
Nous échangeons par l'intermédiaire d'une plate-forme de formation à distance, par courriel et bientôt en direct sur Internet.
La classe fait l'école buissonnière aux quatre coins du monde. Et pourtant les "élèves" sont attentifs à tout ce qui se passe, se manifestent, s'activent, réfléchissent.
L'Internet réunit les personnes éloignées dans une sorte de communauté virtuelle d'apprentissage.
"Par oral, le vieillard expérimenté transmet son savoir à un tout autre collectif, tout autrement rassemblé, que celui qui apprend dans et par les tablettes ou les livres; et la classe elle-même change dès lors qu'un canal à double sens fait circuler le message. Les relations des apprenants à ceux qui les enseignent, leur attitude même, se transforment de fond en comble. Oubliez donc un moment la forme des groupes et des institutions; une autre idée de la distribution et du contrôle vous viendra, où les offres de savoir, loin de les précéder, loin surtout de s'imposer, suivent les demandes d'enseignement et s'y adaptent. Emerge, alors, un intérêt nouveau pour l'apprentissage de la part des acteurs, une réciprocité souple entre la demande et l'offre, d'où s'ensuivra, je l'espère, un lien social renouvelé."
Cet article ouvre le hors-série du Monde de l'Education, "Apprendre à Distance", sorti en septembre 1998, sous la direction de Michel Serres et Michel Authier.
Jack
Publié par cartier à 22:14:30 dans Réflexions | Commentaires (0) | Permaliens
Nous avons tous nos jardins secrets où nous trouvons refuge,
Les jours de grand vent dans nos vies, nous prenons des ris dans nos voilures,
Sorte de pied de nez aux tempêtes les plus dures,
Nous usons sans limite de subterfuges,
Pour éviter les paquets de mer qui vaporisent des embruns,
Et si l'océan est loin il y a une vallée magique à visiter pour chacun,
La mienne est à quelques encâblures de ma ville, juste le temps de gréer le voilier,
Pour une mini croisière sur un bateau hauturier.
Jack
Publié par cartier à 17:50:43 dans Carter | Commentaires (0) | Permaliens
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